7 types d’amour selon Sternberg : ce que la science dit vraiment de vos relations
Table des matières
- 1 Pourquoi les 7 types d’amour intéressent autant les psychologues aujourd’hui
- 2 La théorie de Sternberg : intimité, passion, engagement, rien de plus… et c’est déjà beaucoup
- 3 Les 7 types d’amour : traduction scientifique d’une typologie très médiatisée
- 4 L’amour amical : quand l’intimité fait tout le travail
- 5 L’amour entiché ou fuyant : la passion sans base solide
- 6 L’amour vide : l’engagement sans émotions, quand l’habitude tient la maison
- 7 L’amour romantique : l’illusion préférée des comédies romantiques
- 8 L’amour complice : ce que montrent les couples qui tiennent vraiment
- 9 L’amour fou ou admiratif : passion et engagement sans intimité
- 10 L’amour accompli ou complet : idéal médiatique, réalité beaucoup plus nuancée
- 11 Ce que les 7 types d’amour changent vraiment dans la vie de couple
- 12 FAQ sur les 7 types d’amour de Sternberg
- 12.1 Le modèle des 7 types d’amour de Sternberg est-il validé scientifiquement ?
- 12.2 Peut-on passer d’un type d’amour à un autre au cours de la même relation ?
- 12.3 La passion est-elle indispensable pour qu’un couple soit épanoui ?
- 12.4 Comment savoir si je vis un amour « vide » ou simplement une phase de fatigue dans mon couple ?
- 12.5 La théorie de Sternberg s’applique-t-elle aux couples LGBTQIA+ ?
- 12.6 Peut-on mesurer soi-même son type d’amour avec des tests en ligne ?
Pourquoi les 7 types d’amour intéressent autant les psychologues aujourd’hui
En 2020, une enquête mondiale menée par l’équipe du World Values Survey indiquait que plus de 70 % des personnes interrogées plaçaient la vie de couple dans les trois priorités majeures de leur existence. Dans le même temps, les taux de séparation restent élevés : en France, l’Insee recense chaque année environ 350 000 divorces et ruptures d’union libre si l’on combine données judiciaires et estimations de cohabitation. Ce décalage entre l’importance donnée au couple et la fragilité des relations explique le succès durable de la théorie triangulaire de l’amour de Robert J. Sternberg, publiée dès la fin des années 1980.

Sternberg, psychologue cognitiviste formé à Yale puis professeur à l’université de Cornell, ne parle pas d’âme sœur ni de destin. Il parle de composants mesurables de l’amour. Sa théorie ne vient pas d’une intuition romantique. Elle s’appuie sur des questionnaires standardisés, des analyses statistiques et plusieurs dizaines d’articles scientifiques depuis son premier article clé paru dans la revue Psychological Review en 1986. L’idée est simple : l’amour de couple repose sur trois dimensions psychologiques, qui se combinent en 7 formes d’amour différentes.
Ces formes, largement reprises par des sites comme Psychologue.net ou par des médias comme Femina, peuvent vite tourner à la typologie « magazine ». Si l’on s’arrête au slogan, on rate l’intérêt scientifique du modèle : il offre un langage précis pour décrire ce qui se passe dans une relation au-delà des phrases vagues du type « ça ne marche plus » ou « on n’a plus la même flamme ». Les recherches qui ont validé et critiqué Sternberg donnent des repères solides pour lire ce triangle amour/intimité/passion/engagement sans tomber dans l’astrologie relationnelle.
La théorie de Sternberg : intimité, passion, engagement, rien de plus… et c’est déjà beaucoup
Sternberg part d’une idée simple : ce que nous appelons « amour de couple » mélange trois composantes psychologiques distinctes. Dans ses travaux, il les définit de façon opérationnelle et les mesure par des questionnaires validés, comme le Sternberg Triangular Love Scale, qui comporte environ 45 items. Chaque composante renvoie à un ensemble de pensées, d’émotions et de comportements.
1. L’intimité désigne le sentiment de proximité émotionnelle. Concrètement, cela se traduit par la confiance, le partage de confidences, l’impression de former une équipe, le soutien dans les moments difficiles. Sur le plan scientifique, des études sur l’attachement adulte, par exemple celles de Phillip Shaver et Mario Mikulincer, montrent que cette intimité se relie à des profils d’attachement sécurisés, à une meilleure régulation du stress et à une moindre probabilité de rupture à long terme.
2. La passion renvoie à l’attirance physique et sexuelle, mais aussi à l’excitation, à l’obsession du début de relation, à la focalisation mentale sur l’autre. Les neurosciences ont documenté cette phase avec précision. Les travaux de Helen Fisher, publiés dans Journal of Comparative Neurology, montrent que l’état amoureux intense active fortement les circuits dopaminergiques de récompense, comparables à ceux stimulés par certaines drogues. La passion crée donc un biais cognitif puissant, qui rend l’autre « unique » et filtre ses défauts.

3. L’engagement correspond à la décision de maintenir la relation dans le temps. Il inclut les projets communs, les choix de vie (cohabitation, mariage, enfants), et la volonté de rester même en cas de difficultés. Les chercheurs du courant de l’investment model, à commencer par Caryl Rusbult, ont montré que l’engagement dépend des coûts et bénéfices perçus, des investissements passés (temps, argent, enfants) et de l’attractivité des alternatives. L’engagement n’est donc pas seulement moral, il est aussi calculé, parfois inconsciemment.
Le triangle de Sternberg n’ajoute rien de mystique. Il assemble ces trois dimensions et les fait varier comme sur un tableau de mixage. Une composante peut être forte et les deux autres faibles, ou les trois peuvent être élevées. Ces combinaisons créent des profils d’amour. Des études publiées dans des revues comme Journal of Social and Personal Relationships montrent que la structure à trois facteurs du modèle se retrouve dans plusieurs cultures, avec des nuances de traduction mais une base solide.
Les 7 types d’amour : traduction scientifique d’une typologie très médiatisée
Psychologue.net et d’autres sites vulgarisent la théorie de Sternberg en parlant des 7 types d’amour. C’est une simplification, mais elle colle bien aux combinaisons prévues par le triangle. Chaque type correspond à un profil de scores sur les échelles d’intimité, de passion et d’engagement. Des études menées en Espagne, en Turquie ou en Chine ont retrouvé ces structures avec des variations culturelles, ce qui donne un socle empirique à la typologie.
Voici le tableau tel qu’on le retrouve dans la littérature scientifique et repris dans les articles de vulgarisation :
- Intimité seule → amour amical ou sympathie
- Passion seule → amour entiché, « amour fuyant » dans certains articles
- Engagement seul → amour vide
- Intimité + passion → amour romantique
- Intimité + engagement → amour complice ou compagnon
- Passion + engagement → amour fou, admiratif ou « insensé »
- Intimité + passion + engagement → amour accompli, consommé ou complet
La force du modèle tient à sa capacité à décrire une relation dans le temps. La plupart des couples ne restent pas toute leur vie dans une seule catégorie. Les recherches longitudinales indiquent que la passion a tendance à baisser dans les premières années de vie commune, alors que l’intimité et l’engagement, eux, peuvent augmenter. Une étude publiée dans la revue Social Psychological and Personality Science en 2012 montre que, sur un échantillon de couples mariés, la passion diminue souvent après 2 à 3 ans, alors que la satisfaction globale se maintient lorsque l’intimité et l’engagement progressent.
La typologie n’a pas vocation à coller une étiquette figée sur une relation. Elle sert plutôt de grille de lecture. Elle aide à repérer si un couple s’appuie sur un socle solide d’intimité ou s’il tient surtout par habitude et contraintes. Elle rend aussi plus lisible l’écart entre ce que vendent les comédies romantiques, centrées sur l’amour romantique, et ce que vivent les couples qui durent, plus proches de l’amour complice ou accompli.
L’amour amical : quand l’intimité fait tout le travail
Dans les textes de Sternberg, cette forme s’appelle liking. Psychologue.net parle d’amitié ou d’amour amical. Ici, seule l’intimité est élevée. Les personnes partagent des émotions, se confient, se soutiennent. Il n’y a ni passion physique, ni engagement fort dans un projet de couple. Sur le plan scientifique, cela correspond au cœur de ce que la psychologie appelle l’amitié proche.
Les travaux de Julianne Holt-Lunstad, publiés dans PLoS Medicine, montrent que la présence de relations sociales de qualité réduit la mortalité toutes causes confondues avec un effet comparable à l’arrêt du tabac. Même si ce n’est pas un couple amoureux au sens classique, un lien de ce type a donc un impact concret sur la santé. Les personnes qui disposent d’une base d’amitié solide présentent moins de symptômes dépressifs, selon plusieurs méta-analyses sur le soutien social.
Dans le cadre du couple, on retrouve ce profil dans deux situations. La première, c’est le couple qui n’a jamais vraiment eu de passion, issu par exemple d’une relation d’amis de longue date qui ont « essayé » de se mettre en couple sans attirance forte. La seconde, c’est le couple où la passion a disparu et où l’engagement n’a pas pris, qui glisse vers une cohabitation amicale avant une séparation. Les études sur le divorce rapportent souvent des phrases de ce type dans les entretiens qualitatifs : « Il ou elle est un ami, mais je ne le vois plus comme un partenaire. »
Ce type d’amour n’est pas inférieur. Sur le plan psychologique, il protège contre l’isolement et renforce l’estime de soi. La question pratique est plutôt : est-ce suffisant pour un couple à long terme si l’un des deux attend davantage de passion ou d’engagement ? Les consultations de thérapie de couple montrent que la dissymétrie de besoins crée alors une souffrance importante, plus que l’absence de passion en soi.
L’amour entiché ou fuyant : la passion sans base solide
Psychologue.net parle d’amour entiché quand la passion domine seule. D’autres vulgarisations francophones, comme l’article de Femina, utilisent l’expression amour fuyant. Le profil reste le même : la personne ressent une attirance intense, pense sans arrêt à l’autre, vit les rencontres physiques comme explosives. Mais l’intimité reste faible, les confidences sont limitées, et l’engagement n’existe pas ou très peu.
Les travaux de la psychiatre Helen Fisher ont décrit de manière fine les réactions neurologiques associées à ce type d’état. Dans ses études d’IRM fonctionnelle, publiées dans The Journal of Comparative Neurology, les personnes fortement amoureuses présentent une forte activation du ventral tegmental area et du noyau accumbens, régions liées à la récompense. La logique cérébrale est proche de celle d’un craving. Des études en psychologie sociale montrent que cette passion intense augmente la focalisation attentionnelle sur l’autre, mais réduit parfois la capacité de jugement sur la compatibilité à long terme.
Dans la vie concrète, ce type d’amour s’observe dans les coups de foudre qui s’essoufflent en quelques mois, dans les relations extraconjugales uniquement physiques, ou dans ces histoires où une personne fantasme sur l’autre sans presque échange réel. Sur le plan psychique, il peut remplir plusieurs fonctions : fuir une solitude, valider son pouvoir de séduction, anesthésier une dépression sous-jacente. Les études sur l’attachement montrent que les profils anxieux ont tendance à se jeter dans ce type de relation passionnelle pour calmer temporairement leur peur de l’abandon.
Le modèle de Sternberg ne moralise pas ces histoires. Il constate qu’une relation qui repose uniquement sur la passion a peu de chances de se stabiliser sans ajout progressif d’intimité et d’engagement. Des recherches sur la durée des relations passionnelles intenses indiquent une chute nette de l’intensité sexuelle au bout de 6 à 18 mois. Sans ciment émotionnel ou décisionnel, la séparation suit souvent cette courbe, avec parfois un cycle de ruptures et retrouvailles très coûteux sur le plan émotionnel.
L’amour vide : l’engagement sans émotions, quand l’habitude tient la maison
L’amour vide, dans les textes de Sternberg, correspond à un engagement sans intimité ni passion. Psychologue.net le décrit comme ces couples qui restent ensemble par devoir, par routine, pour les enfants ou pour des raisons économiques. La recherche en psychologie sociale documente bien ce type de lien, en particulier dans des cultures où le mariage est fortement institutionnalisé.

Le travail de Caryl Rusbult, avec son investment model, donne un cadre quantitatif à cette situation. L’engagement dépend du niveau d’investissement déjà consenti (années de vie commune, biens, enfants), de la satisfaction actuelle et de la qualité des alternatives perçues. Dans l’amour vide, les investissements sont élevés, la satisfaction est basse, les alternatives semblent limitées ou inaccessibles. L’engagement persiste, pas par élan affectif mais par calcul, parfois inconscient.
Des études sur les mariages arrangés montrent un tableau nuancé. Une enquête citée dans Journal of Comparative Family Studies révèle que dans certains contextes culturels, l’intimité peut augmenter avec le temps malgré un départ sans passion. À l’inverse, dans des couples occidentaux à mariage « d’amour », on observe des transitions vers un état d’amour vide lorsque les conflits répétés, le burn-out parental ou des difficultés financières sapent l’intimité et la libido, sans remettre en cause l’engagement, souvent pour protéger les enfants.
Sur la santé mentale, ce type de relation a des conséquences variables. Lorsque les deux partenaires acceptent la situation et trouvent du sens dans l’engagement (éducation des enfants, stabilité matérielle), le coût psychique reste modéré. Quand l’un des deux rêve d’un autre type de lien, les études sur les conflits conjugaux montrent une association nette avec la dépression, l’anxiété et parfois la somatisation. Les thérapies de couple travaillent alors soit à réinjecter de l’intimité et de la passion, soit à penser une séparation qui ne ruine pas les investissements accumulés.
L’amour romantique : l’illusion préférée des comédies romantiques
L’amour romantique combine l’intimité et la passion, sans engagement. Les partenaires se sentent proches, partagent des confidences, vivent une forte attirance physique, mais évitent la projection à long terme. Psychologue.net le décrit comme fréquent au début des relations, ce que confirment les études longitudinales sur les couples en formation.
Sur le plan cognitif, c’est une période marquée par ce que des chercheurs comme Gian C. Gonzaga ont appelé l’idéalisisation de l’autre. Les personnes en amour romantique se montrent plus enclines à minimiser les défauts de leur partenaire et à surestimer les compatibilités. Des travaux publiés dans Personality and Social Psychology Bulletin montrent que cette idéalisation prédit un mieux-être subjectif à court terme. En revanche, elle augmente le risque de déception lorsque l’image réaliste du partenaire se précise.
Les scénarios de comédie romantique s’arrêtent souvent là : déclaration, premiers mois d’euphorie, obstacles franchis, fondu au noir. La recherche en sexologie et en psychologie du couple décrit la suite. La passion baisse quasi systématiquement, pour des raisons neurobiologiques. L’intimité peut monter si les partenaires traversent des épreuves et développent une communication constructive. L’engagement, lui, dépend de facteurs externes (âge, projets de vie, stabilité professionnelle) et internes (peur de l’engagement, style d’attachement).
Dans la pratique clinique, de nombreux couples en thérapie arrivent après une période d’amour romantique consommée, avec un choc quand les traits de caractère incompatibles émergent au quotidien. Les travaux sur la « désillusion conjugale » montrent qu’un grand écart entre l’idéal initial et la réalité perçue prédit une baisse rapide de la satisfaction. L’outil de Sternberg aide alors à poser une question simple : est-on prêts à transformer ce lien romantique en engagement réfléchi, ou souhaite-t-on garder ce format sans promesse, au risque d’un décalage de besoins entre les partenaires ?
L’amour complice : ce que montrent les couples qui tiennent vraiment
L’amour complice, appelé souvent amour compagnon ou companionate love, associe une forte intimité et un engagement solide, avec une passion moindre. Les couples mariés ou en union stable depuis longtemps se retrouvent fréquemment dans ce profil. Les études de Susan et Clyde Hendrick, spécialistes de la psychologie du couple, soulignent que ce type d’amour prédit mieux la satisfaction conjugale à long terme que la seule passion.
Sur le plan biologique, la bascule vers un amour plus calme correspond à des modifications hormonales. Des études chez l’humain, par exemple celles de Bianca Acevedo publiées dans Social Cognitive and Affective Neuroscience, montrent que certains couples de longue durée conservent une activité cérébrale de type « amour romantique », mais avec moins d’activation liée à l’anxiété et davantage de circuits associés à l’attachement sécurisant. L’ocytocine et la vasopressine, hormones impliquées dans le lien de pair à pair, jouent un rôle plus marqué que la seule dopamine de la phase de passion.
Sur le plan relationnel, l’amour complice se reconnaît à des éléments observables : capacité à résoudre les conflits sans escalade, soutien mutuel face au stress, projets de long terme partagés, sentiment d’équipe. John Gottman, chercheur qui a suivi des centaines de couples dans son « Love Lab » à Washington, a montré que la présence de gestes de tendresse quotidiens, de conversations de qualité et d’un ratio élevé d’interactions positives par rapport aux négatives préditait la longévité du couple avec une précision supérieure à 80 %. Ce profil se rapproche beaucoup de l’amour complice tel que Sternberg l’envisage.

Le discours social valorise encore trop souvent la passion permanente comme preuve de réussite amoureuse. La science décrit un scénario différent : la plupart des couples stables se construisent sur ce socle complice, avec une passion fluctuante mais une base de confiance et de projets. Les difficultés surviennent quand l’un des deux partenaires vit cette transition comme une perte, ou la compare à un idéal fantasmé. Les thérapies conjugales travaillent alors souvent à revaloriser cette forme d’amour et à injecter de la nouveauté pour relancer ponctuellement la passion, sans nier sa tendance naturelle à moins dominer le paysage.
L’amour fou ou admiratif : passion et engagement sans intimité
Psychologue.net parle d’amour admiratif/fou quand la passion et l’engagement sont présents, mais pas l’intimité. Sternberg parle de fatuous love dans ses textes. L’image qui revient souvent est celle d’un couple qui emménage ensemble ou se marie très vite, porté par une attraction intense, sans s’être vraiment découvert sur le plan émotionnel.
Les travaux sur les mariages précipités ou sur les relations très fusionnelles au début montrent un risque accru d’insatisfaction à moyen terme. Une étude publiée dans Journal of Marriage and Family signale que les couples qui se marient moins d’un an après leur rencontre présentent, en moyenne, plus de conflits et de séparations dans les cinq années suivantes que ceux qui ont pris plus de temps. Le problème ne vient pas de la rapidité en soi, mais de l’absence d’exploration approfondie de l’autre, donc d’intimité réelle.
Dans ce profil, l’engagement prend souvent racine dans la passion : grossesse imprévue, décision impulsive de se marier, installation rapide pour ne pas se quitter. La vie commune agit alors comme un révélateur. Les différences de valeurs, de style de communication, de gestion de l’argent ou de rapport à la famille apparaissent tard, quand les engagements pris rendent le recul plus difficile. La clinique des couples montre que ces histoires se retrouvent dans des trajectoires parfois très chaotiques, avec des disputes intenses à la hauteur de la passion initiale.
Pour la santé psychique des partenaires, le risque tient à l’absence de base d’intimité solide. Sans espace de parole sécurisant, sans capacité à se confier sans peur de jugement, les conflits deviennent rapidement destructeurs. Les recherches de John Gottman sur le mépris, le sarcasme et la défensive comme « cavaliers de l’apocalypse conjugale » illustrent bien ce point. Quand un couple fonctionne sur passion + engagement, mais avec une faible capacité à se parler de façon vulnérable, ces signes apparaissent souvent plus vite.
L’amour accompli ou complet : idéal médiatique, réalité beaucoup plus nuancée
Le septième type, l’amour accompli ou amour complet, combine les trois composantes à un niveau élevé : intimité, passion, engagement. Psychologue.net le décrit comme l’« amour en grandes majuscules », Femina comme l’« amour complet » équilibré et stable. Sternberg lui-même le présente comme un idéal difficile à atteindre et encore plus difficile à conserver à son niveau maximal dans le temps.
Sur le plan empirique, plusieurs études issues du modèle de Sternberg montrent que les couples qui déclarent des scores élevés sur les trois dimensions rapportent une satisfaction relationnelle plus forte que les autres profils. Une recherche publiée dans Journal of Social and Personal Relationships a trouvé que ce type de profil reste relativement rare, surtout sur le très long terme. La plupart des couples heureux oscillent plutôt entre amour complice et amour accompli, avec des variations de passion liées aux événements de vie, au stress professionnel, aux transitions parentales.
Le problème survient quand ce modèle devient un standard rigide. Les réseaux sociaux, les séries et la publicité diffusent l’idée qu’un couple « réussi » doit conserver en permanence une forte passion, une intimité totale et un engagement sans faille. Les données scientifiques racontent une autre histoire. La passion fluctue, l’intimité varie avec le niveau de fatigue et la disponibilité mentale, l’engagement peut se fissurer sans disparaître. Les couples qui tiennent ne sont pas ceux qui se maintiennent au sommet de chaque composante, mais ceux qui savent ajuster, réparer, relancer.
Sur le plan pratique, viser l’amour accompli a du sens comme boussole. Cela pousse à ne pas sacrifier complètement la sexualité au profit des enfants, à entretenir des moments de qualité à deux, à parler d’avenir. Mais la science plaide pour une vision moins rigide : un couple qui vit plusieurs phases successives, avec des périodes d’amour complice, des retours de passion, des moments d’amour vide quand la vie frappe fort, peut rester globalement satisfaisant et protecteur pour la santé mentale des partenaires.
Ce que les 7 types d’amour changent vraiment dans la vie de couple
La théorie de Sternberg, reprise par Psychologue.net et d’autres supports, n’est pas une grille de jugement moral. C’est un outil descriptif qui croise bien les données issues d’autres courants de la psychologie du couple. La question utile n’est pas « dans quelle case suis-je ? » mais « sur quels piliers repose ma relation en ce moment et quels effets cela produit-il sur ma santé psychique et ma vie quotidienne ? ».
Les recherches en santé mentale indiquent plusieurs points clés. D’abord, la qualité de l’intimité émotionnelle prédit mieux le bien-être psychologique que le niveau de passion, surtout après quelques années de relation. Ensuite, l’engagement, quand il est choisi et non subi, apporte un sentiment de sécurité et de continuité qui réduit l’anxiété et aide à faire face aux stress extérieurs. La passion, elle, n’est pas superflue, mais sa fonction principale semble se concentrer sur la phase de formation du couple et sur certains moments de réactivation, plus que sur une ligne droite permanente.
Dans la pratique, la typologie de Sternberg aide à mettre des mots sur des situations floues. Un couple peut se dire « en amour vide » et décider de travailler à restaurer l’intimité. Deux partenaires peuvent reconnaître qu’ils en sont restés au stade de l’amour entiché et choisir de ne pas y bâtir une vie commune. Un couple de longue durée peut constater qu’il vit un amour complice et cesser de se sentir en échec parce que la passion des premiers mois n’est plus là chaque soir.
Les limites du modèle méritent d’être rappelées. La recherche critique souligne que l’amour ne se laisse pas toujours découper propres en trois composantes, que d’autres dimensions, comme le respect, l’altruisme ou la compatibilité des valeurs, jouent un rôle majeur. Certains travaux suggèrent que la théorie triangulaire explique mieux les relations hétérosexuelles occidentales que d’autres formes de couples ou d’autres cultures. Mais tant qu’on garde à l’esprit qu’il s’agit d’un outil parmi d’autres, et non d’une loi universelle, ce triangle reste une entrée utile et assez bien étayée scientifiquement pour analyser les relations de couple.
FAQ sur les 7 types d’amour de Sternberg
Le modèle des 7 types d’amour de Sternberg est-il validé scientifiquement ?
La structure à trois composantes, intimité, passion, engagement, a été testée dans plusieurs pays avec des questionnaires comme le Sternberg Triangular Love Scale. Des analyses factorielles confirment la présence de ces trois dimensions dans des échantillons américains, européens et asiatiques. La typologie à 7 types reste une simplification, mais elle repose sur ces résultats. Des chercheurs ont critiqué certains points, par exemple le recouvrement partiel entre intimité et engagement, sans remettre totalement en cause l’utilité du modèle.
Peut-on passer d’un type d’amour à un autre au cours de la même relation ?
Oui, et c’est même ce que montrent les études longitudinales. Beaucoup de couples démarrent par un amour romantique, passion + intimité, puis, avec le temps, la passion baisse, l’engagement monte, ce qui crée un profil d’amour complice. Des périodes de stress intense ou de conflits non résolus peuvent faire glisser la relation vers un amour vide. À l’inverse, un travail en thérapie ou des changements de vie peuvent renforcer l’intimité et réactiver la passion, rapprochant le couple d’un amour accompli.
La passion est-elle indispensable pour qu’un couple soit épanoui ?
Les études sur la satisfaction conjugale montrent que la passion joue un rôle surtout au début de la relation. Sur le long terme, la qualité de l’intimité et de la communication prédit mieux le bien-être relationnel. Des couples avec peu de passion mais une intimité riche et un engagement solide se déclarent souvent très satisfaits. En revanche, une absence totale d’attirance peut devenir un problème si l’un des deux partenaires accorde une grande place à la sexualité. La question se pose donc au niveau du couple, pas selon une norme générale.
Comment savoir si je vis un amour « vide » ou simplement une phase de fatigue dans mon couple ?
L’amour vide se caractérise par un engagement maintenu, mais une intimité très faible et une passion absente, sans véritable volonté de recréer du lien. Une phase de fatigue ressemble moins à une coupure définitive et davantage à un ralentissement, avec encore des moments de complicité, même rares. Les recherches sur les couples montrent que la présence de petits gestes d’attention, de conversations personnelles régulières, et la capacité à résoudre des conflits sont de bons indicateurs que l’intimité reste vivante, même si elle est entamée par le stress.
La théorie de Sternberg s’applique-t-elle aux couples LGBTQIA+ ?
Les composantes de base, intimité, passion, engagement, se retrouvent dans les couples LGBTQIA+. Des études sur les couples de même sexe montrent des profils d’amour proches de ceux des couples hétérosexuels sur ces dimensions. En revanche, certaines recherches indiquent que la pression sociale, les discriminations ou l’absence de reconnaissance légale peuvent modifier l’expression de l’engagement. Le triangle décrit des mécanismes psychologiques généraux, mais chaque couple les vit dans un environnement social spécifique qui influence l’équilibre des composantes.
Peut-on mesurer soi-même son type d’amour avec des tests en ligne ?
On trouve sur internet des versions raccourcies de l’échelle de Sternberg. Les versions validées scientifiquement utilisent des questionnaires avec plusieurs dizaines d’items, traduits et adaptés culturellement, puis testés statistiquement. Les tests en ligne simplifiés peuvent donner une idée grossière de votre profil, mais ne valent pas une évaluation rigoureuse. Ils peuvent servir de point de départ pour réfléchir à votre relation, pas de verdict définitif. En cas de doute ou de souffrance, un entretien avec un professionnel formé à la thérapie de couple reste plus fiable qu’un score de test.
